Points de suspension, par Sabine Revillet

Pénombre. Maxime, douze ans, court dans la forêt. Quelqu’un le suit. C’est une fille, même âge, elle court aussi vite que lui.

ELENA. — Arrête-toi. Où tu cours comme ça? J’ai une question à te poser.

Maxime s’arrête de courir.

ELENA. — Où tu vas ?

MAXIME. — Je fugue, je pars, j’en ai marre.

ELENA. — Pourquoi ?

MAXIME. — Je sais pas qui sont mes vrais parents.  Et d’où je viens ? J’en sais rien. Rien de rien. Points de suspension…
Toi ? Tu viens d’où ? Tu le sais ? T’es pas d’ici, ça se voit.

ELENA. — Je viens de loin. T’as pas l’air d’ici non plus.

MAXIME. — Et pourtant je suis de là-bas, de la maison où des gens m’ont recueilli, les autres parents, ceux qui m’ont adopté.

ELENA. — Ils sont sympas ?

MAXIME. — Très.

ELENA. — Et t’es heureux avec eux ?

MAXIME. — Oui

ELENA. — Alors pourquoi tu fuis ?

MAXIME. — Parce que je connais pas mes vrais parents mais c’est trop tard, ils sont morts. C’est tout ce qui me reste d’eux. Une boîte.

ELENA. — Elle est petite.

MAXIME. — J’ai jamais reussi à l’ouvrir.

ELENA. — Fais voir. Elle est légère. Regarde il y a un petit crochet là. Il suffit de le soulever.

MAXIME. — J’ai déjà essayé.

ELENA. — Ben regarde. Ça marche.

MAXIME. — Donne !

Les deux enfants ouvrent la boîte. Et quelque chose change dans l’atmosphère.

MAXIME. — Ça sent bon. Ça sent le pain d’épices, la vanille, la mangue.
Ça sent. Le produit pour les meubles à la cire d’abeille, la lavande.
J’entends des voix dont je comprends pas la langue. C’est beau. Mais le temps. Le temps, on dirait s’est arrêté. Le vent ne fait plus bouger les branches des arbres. Et la neige qui commençait à tomber tombe plus du tout.

ELENA. — Il est temps peut-être de refermer la boîte, c’est comme s’il y avait une autre vie à l’intérieur.

MAXIME. — J’ai envie de rester là mais j’ai aussi envie de repartir.

ELENA. — Referme la boîte.

MAXIME. — J’y arrive pas.

Elena ferme la boîte. Mais avant, elle sort un morceau de tissu enfermé dans la boîte, c’est un mouchoir d’enfant, elle le donne à Maxime.

MAXIME. — Je vais rentrer chez moi. Tu ne m’as pas dit d’où tu viens.

Hélèna disparait. A sa place, un papier sur le sol, un poème, Maxime le lit tout doucement.

Sais-tu qui je suis ? Le Rayon de Lune.
Et sais-tu pourquoi je viens de là-haut ?
Sous les arbres noirs la nuit était brune ;
Tu pouvais te perdre et glisser dans l’eau,
Errer par les bois, vaguer sur la dune,
Te heurter, dans l’ombre, au tronc du bouleau.
Je veux te montrer la route opportune ;
Et voilà pourquoi je viens de là-haut.

Guy de Maupassant


Biographie

Sabine Revillet a écrit pour les enfants Les Lunatiques, texte selectionné par le Collectif A Mots découverts, Si j’étais un poisson et avec Julien Rocha : Aglaé au pays des malices et des merveilles, texte Lauréat du Festival Avignon Off edité à La Librairie théâtrale.